Sur une période s’étalant de 2009 à 2014, à différentes reprises, j’ai volontairement soumis mon corps à la privation alimentaire.

Extraits de journal :

« Dès le premier jour, le jeûne provoque une sensation de bien être physique. Cette sensation de bien être s’explique par une élévation de béta endorphine et d’amphétamine dans le sang. Le corps en vient à produire de la kétamine. Les capacités que développent l’organisme humain pour survivre me passionnent. »

« En état de stress intense, mon corps produit de la kétamine. C’est un effet que l’on ne comprend pas, que l’on ne mesure pas, la première fois. Mais avec la connaissance…
Autre point, l’endorphine sécrétée par le cerveau pour diminuer la sensation de douleurs. Cette molécule est secrétée également lorsque l’on a faim. Passé le stade de malaise dû à la faim, s’installe un état de bien-être et de légèreté.
L’expérience de ces différents états est assez dérangeante dans le fond et surtout dangereuse. »

Formes Informes, Nathalie Mondot, performances, 2009-2014.Il s’agit là probablement de mes premiers pas vers la performance.
Dans ces rituels basés sur le sacrifice, il m’a fallu traverser la stupeur devant l’inconnu, stimulée par les drogues produites par mon propre cerveau pour palier à la souffrance du corps.
Le corps traverse la douleur dans l’endurance. Le corps animal, réagissant à la pulsion, se tord, se disloque. Le corps comme une sculpture garde les empreintes de la métamorphose. Le corps entier devient sculpture vivante. Sous l’effet de la privation volontaire de nourriture, il devient la figure de sa propre monstruosité.
La transition vers l’inconnu s’amorce, le dépassement de soi, dans la souffrance, dans l’endurance, pour ressentir et s’approprier la vie par elle-même. Le corps d’abord aliéné, en sort réellement transformé, métamorphosé.